![]() |
![]() |
La Chine n’est pas un pâturage pour bonimenteurs !Article pour « Diverses Cités », mensuel d’opinionElisabeth Martens - mai 2008 Les JO à Pékin, c’est reconnaître l’importance de la Chine dans le monde, c’est lui accorder sa juste place : un cinquième de la population mondiale, 1,3 milliard d’habitants, la troisième puissance économique mondiale. En outre, les JO ont jusqu’à présent été l’apanage des pays occidentaux. Pour la première fois dans leur histoire, les JO se dérouleront dans un pays émergeant. C’est faire honneur au Tiers-monde et cet honneur doit être maintenu, pas uniquement pour la Chine, mais pour tous les pays du Tiers-monde, et ce, même si les JO participent de la façade capitaliste que la Chine affiche depuis une dizaine d’années. De capitaliste, la Chine n’a en réalité que les « lumières de la ville » : entre 60% et 70% de l’économie chinoise se trouve entre les mains de l’Etat. Contrairement à ce qui se passe dans nos pays « démocratiques » où le social prend l’eau de toutes parts, le gouvernement chinois, du fait qu’il reste socialiste, se donne le pouvoir d’appliquer une politique sociale quand il y a nécessité. Par exemple, le gouvernement chinois, conscient que l’enseignement, la sécurité sociale et l’écart entre ville et campagnes sont trois problèmes qui n’ont fait que s’accentuer ces dernières années, aménage le budget du plan quinquennal en vue de corriger ces trois secteurs. Qui plus est, des sonnettes d’alarme écologiques ont retenti un peu partout en Chine. Du coup, le gouvernement chinois débloque un budget colossal pour la protection de l’environnement, le maintien de la biodiversité, la reforestation, l’épuration des eaux, etc. Dans notre système occidental, il est impensable que des mesures concrètes dans les secteurs du social et de l’environnement soient prises et aboutissent aussi rapidement. Ne pourrait-on prendre exemple sur la Chine de temps en temps ? Mais comment prendre exemple sur un pays qui évacue la démocratie d’un coup de balais ? Ne sont-ce pas nos valeurs les plus chères qui sont mises en jeu ? Alors dites-moi : qu’est devenue la démocratie chez nous ? Un multipartisme qui, dans sa très grande diversité, propose une panoplie de programmes, tous identiques les uns aux autres à quelques virgules près ! Le multipartisme est loin d’être une garantie de démocratie, il peut éventuellement en constituer un embryon. Les électeurs européens sont écoeurés par leur devoir civique : voter pour qui, pour quoi, alors « qu’ils racontent tous les mêmes bobards ! » ? Et que veulent dire des élections dont l’issue dépend des fonds de poche des candidats, assurant des campagnes plus ou moins grandioses ? La démocratie, cela ne s’achète pas, cela se pratique ! Depuis plus de 50 ans, la Chine, à parti unique, pratique des votes démocratiques au niveau des communes et des districts. Tous les 5 ans, les Chinois majeurs et vaccinés vont voter avec leur petit crayon rouge : le sait-on chez nous ? Des référendum sont organisés en Chine pour des grands problèmes de société (ex : barrage du YangZi) : le sait-on chez nous ? Pour quelles raisons l’Occident donne-t-il perpétuellement l’image d’une Chine répressive, totalitaire, sans aucun potentiel d’évolution ? Les pires griefs qu’encaissent la Chine viennent de nos industriels qui se voient empêchés d’installer leurs multinationales où bon leur semble dans cet immense pays : les investissements étrangers ne s’élèvent qu’à 3% ! En même temps, la Chine devient indispensable à l’Occident : principal bailleur de fonds des E-U, exportateur d’une foultitude de « made in china » en Europe et ailleurs, on ne saurait plus se passer d’elle. Cette contradiction nous fait grincer des dents, et on se rattrape sur l’idéologie. La Chine ne peut pas devenir un partenaire valable tant qu’elle n’épouse pas nos valeurs : « droits de l’homme », « liberté de presse », « démocratie », etc. Mais, apparemment, il ne s’agit pas de la même chose là-bas qu’ici ; du moins, c’est de cette manière que les médias nous le font savoir. Les événements de mars à Lhassa ont pourtant mis en lumière que le langage médiatique occidental ne fait pas dans la dentelle : détournement d’images et interprétation de faits (même avec témoins sur place) dans le sens qui convient aux intérêts occidentaux ont caractérisé la couverture médiatique de ces événements dramatiques. Notre « liberté de presse » se résume-t-elle à s’autoriser à tout dire, au point de dire n’importe quoi sur n’importe qui ? Mais les médias ne font que suivre un mouvement existant. Quel est alors le mouvement propageant cette avalanche de mensonges grotesques à propos de la Chine, mensonges systématiquement largués sur nos cerveaux embrumés, depuis 50 ans ? Le plus grossier d’entre eux et celui sur lequel s’est construite l’entièreté de la propagande dalaïste menée par l’Occident, fut celui du « 1,2 million de morts à cause de la présence chinoise au Tibet ». J’affirme bien qu’il s’agit d’une propagande que les E-U ont mis en place consciencieusement, et avec d’énormes moyens financiers distribués par la CIA, en vue de donner de la Chine une image monstrueuse (voir cit. de la FRUS en 49, Conboy et Morrison…). Les médias ne font que suivre ce qu’on leur dicte, leur rôle n’est pas de créer les mensonges, mais de les diffuser. Ce chiffre de 1,2 million de morts tibétains a été démenti maintes fois (voir Sautman, French, pyramide des âges, etc.), pourtant il reste gravé dans la mémoire de l’Occident. Il nous a mené tout droit vers la xénophobie vis-à-vis des Chinois : c’est facile, c’est efficace, c’est utile. A partir de ce mensonge grossier, notre image de la Chine, déjà rouge et à queue fourchue, n’a fait que se détériorer. Ce progressif lavage de cerveaux (50 ans qu’il dure !) a peu à peu transformé ce mensonge, et d’autres du même acabit, en socle sur lequel s’édifie la vaste campagne anti-chinoise actuelle. La CIA a été remplacée par la NED et les vedettes de cinéma, mises au pas par la « International Campain for Tibet » (ICT), se chargent de faire passer, via médias, le message : « une révolution orange pour la Chine !». La « liberté de presse » se résume chez nous a relayé les intérêts des plus forts. Cela me semble aussi minable qu’indigne. De quelle presse s’agit-il si les citoyens en viennent à allumer le poste ou à lire le journal pour savoir de quoi il faut se méfier aujourd’hui et ce qu’il faudra ne pas penser demain ? Certains de nos historiens et éminents tibétologues ou anthropologues (Still-River, Berzin, Levenson, Blondeau, Buffetrille…) prétendent tenir un « langage scientifique » à propos de l’histoire du Tibet, alors qu’ils répètent inlassablement les arguments de ICT et de son gigantesque réseau international. Si on s’en tient au discours des 120.000 Tibétains vivant hors Chine, le Dalaï en tête, issus en majorité de la classe dirigeante de l’ancien Tibet (clergé, noblesse, gros commerçants), le langage de nos « scientifiques » tient la route. Mais d’autres historiens, tout aussi occidentaux et tout aussi scientifiques, ont démonté leurs arguments pièce par pièce (Goldstein, Grünfeld, Sautman, …) en laissant apparaître le versant nord du Tibet : celui des populations tibétaines, serfs et esclaves de l’ancien régime théocratique. Dès lors, ces historiens dont l’étude est plus proche de l’histoire du Tibet telle que proposée par la Chine, sont exclus de la catégorie dite « scientifique » et rangés dans le panier « propagande chinoise ». Et quand l’un d’entre eux ose avancer un argument chinois, c’est encore pire : il est directement classé pro-chinois, communiste, staliniste, et autres termes qui sont devenus injures dans le langage de la gauche bien séante. Mais de quelle gauche s’agit-il ? Une gauche devenue aveugle et sourde ? Une gauche vertement spiritueuse et qui participe avec enthousiasme à la campagne anti-chinoise : « il s’agit tout de même de défendre les « Droits de l’homme », non ? ». Mais dites-moi, de quel droit s’octroie-t-on le droit, nous, occidentaux, d’imposer nos critères éthiques à d’autres ? L’éthique n’est-elle pas contingente à une civilisation, une pensée, une culture ? Et brandit-on des « Droits de l’homme » comme une menace pour nous imposer dans d’autres pays ? Par ailleurs, oublions-nous que c’est le système que nous avons imposé à la planète entière qui la détruit de jour en jour à vitesse exponentielle ? et que c’est ce même système mis en place par nous-mêmes qui n’octroie plus aucun droit à la moitié de la planète, pas même celui de manger à sa faim et de boire à sa soif, ce qui me semble être le droit le plus élémentaire ? Une manière un peu plus digne et plus honnête de défendre les droits des êtres humains serait de remettre en cause ce système économique et de passer à autre chose. Et si la Chine, au lieu de toujours servir de contre-exemple, devenait un exemple ? De l‘histoire du Tibet, on peut affirmer sans se tromper qu’il a eu des relations houleuses avec la Chine depuis le 7ème siècle et ce jusqu’à l’heure actuelle. Normal : ce sont deux cultures bien différentes et qui ont mis beaucoup de temps à s’accommoder, puis à se mélanger. Si le Tibet fut indépendant de la Chine ? Il ne l’est en tout cas plus depuis 1722. Avant : c’est discutable, puisque les faits antérieurs à 1722 sont interprétables. Après : « non », disent les documents officiels ; factuellement, « oui » disent les dalaïstes, entre 1912 et 1952 en raison de la présence des Britanniques. Toutefois, on peut aussi penser que la tutelle anglaise sur le Tibet appuie la thèse de la dépendance, et non l’inverse. L’ONU n’a jamais reconnu que le Tibet fut indépendant au début du 20ème, et le gouvernement tibétain en exil n’est pas plus reconnu par l’ONU que par aucun pays au monde. Alors de quoi parle-t-on ? Pour qui crient les dalaïstes ? Pour le bien-être des six millions de Tibétains vivant en Chine ? Certainement pas, ceux-ci sont visiblement satisfaits de faire partie de la Chine: routes, écoles, dispensaires, rénovation des villes et des monastères, électricité, serres à légumes, centrales hydrauliques, panneaux solaires, … tout cela est venu avec le communisme chinois. Les Tibétains de Chine craignent les débordements indépendantistes comme la peste : ils mettent en danger leur quotidien. Le remue-ménage actuel autour du Tibet ne concerne pas les six millions de Tibétains de Chine, mais il exprime les tensions existant entre la Chine et l’Occident. Depuis 50 ans, le Dalaï Lama, sa religion et les Tibétains en exil (soit le Tibet « à l’occidentale ») ont été utilisés pour déstabiliser la Chine, d’abord dans le cadre de la Guerre Froide, ensuite dans le but de fractionner une puissance montant un peu trop rapidement à notre goût. La France, la Belgique,… l’Europe : suivrons-nous le courant conservateur dont le ton fut donné par les E-U dès 1949, ou aurons-nous le cran d’engager des relations durables et équitables avec la Chine ? Ce serait enfin : « plonger dans l’inconnu pour trouver du nouveau »,… et d’après l’économiste Michel Chossudovsky ("Chine - Etats-Unis. Enjeux stratégiques"), c’est l’avenir des relations nord-sud, et avec elles l’avenir de notre planète, qui est en jeu dans ce choix. Elisabeth Martens Auteure de « Histoire du Bouddhisme tibétain, la Compassion des Puissants », L’Harmattan, 2007 |
Tibet, page spéciale
Contact Tian-DiTian-Di (asbl) N° de compte: 068-2270845-05 |
|
| © Tian-Di | webmaster |