Remise en phase par l’utilisation des « Hexagrammes calendériques » et la pratique de la « Petite Révolution céleste »

(résumé d’une partie du séminaire donné à Djohi-Bruxelles en juin 2004 par Elisabeth Martens. )

Une des idées majeures des pratiques de santé en Chine est la « remise en phase » : remettre au même diapason deux contraires qui se sont déconnectés et qui par leur déconnexion provoquent maladie, accident, traumatisme psychique et toute sorte de cataclysmes plus ou moins graves. L’Hexagramme 60 (la Mesure) en parle de manière imagée et explicite : se remettre au rythme des saisons permet d’être en mesure de faire correctement ce qu’on a à faire actuellement, pas plus, pas moins.

Cette remise en phase peut être facilitée par les Xiang : 象 , « images » phénoménales (!), emblèmes de…, ou talisman ?... bien que ce dernier terme prend parfois une coloration péjorative qui n’est pas présente dans le « Xiang » chinois. En effet, le caractère représente le squelette d’un mammouth et a englobé par extension sémantique « éléphant », puis toute chose qui paraît phénoménale, mais qui reste de l’ordre du concret. Nous avançons imprudemment l’hypothèse que les Xiang ont pu agir comme précurseurs des caractères chinois, mais aussi des hexagrammes du Yi Jing, en ce sens que les tracés chinois relèvent non d’un soucis d’objectivité (rendre l’environnement pour ce qu’il est), mais d’un « ressenti biologique » (éminemment subjectif). Ils traduisent la manière dont l’être humain, via ses organes des sens, perçoit son environnement ou la situation dans laquelle il se trouve. Ils rendent le « vu » et le « perçu » par l’être humain : ce qui est vu ou perçu par ses organes des sens « trace » (dirige la main). Il y a là un acte qui opère de manière concrète la liaison : système nerveux  réaction musculaire. L’acte de tracer installe un continuum naturel entre Externe et Interne qui permet à l’être humain de se situer et de s’orienter dans son environnement.

Les Xiang peuvent donc devenir de puissants remèdes à nos multiples maux schizoïdes.

Exhiber un xiang, un emblème, un talisman, un caractère chinois ou un hexagramme relève d’un même procédé : faire naître en nous une multitude de correspondances ressenties « spontanément », « zi ran de », surgies d’un « soi-nature », sans intervention consciente. Ces correspondances jaillissent donc de notre fabuleux inconscient et sont susceptibles de resurgir au niveau conscient. L’externe (l’image, le xiang) et l’interne (les correspondances) se rejoignent et le processus de remise en phase s’opère. Cette méthode est très ancienne en Chine (et sans doute aussi ailleurs dans le monde). Elle était déjà utilisée par les Fang Shi : 防 师, également appelés les Fang Xiang : 防 象. Ces sorciers ou chamanes de la Haute Antiquité chinoise (époque pré-historique, avant le 2ème millénaire A.C.) étaient donc des Maîtres (Shi : 师) en prévention (Fang : 防) ou encore des Maîtres utilisant les images (Xiang : 象) en guise de prévention (Fang : 防). Ils portaient encore d’autres noms, mais peu importe ici (à lire dans Maspéro). L’idée de prévention est restée primordiale dans toutes les techniques de santé proposées par la Chine, dont, à mon avis, le YiJing fait partie.

La « thérapie par les Xiang » est une technique de santé qui s’est perpétuée tout au long de l’histoire chinoise et reprise, entre autres, par les Taoïstes et par la médecine chinoise. Les exemples foisonnent. L’un d’entre eux est l’utilisation des Hexagrammes calendériques dans la pratique de la « Petite Révolution Céleste » ou « Petite Circulation énergétique » ou « Orbite microcosmique ». Les pratiquants de TaiJiQuan ou de QiGong connaissent, au moins de nom, la « Petite Révolution Céleste ». Il s’agit d’un exercice combinant respiration et visualisation : le pratiquant regarde monter l’inspir par le DuMai (DM ou Vaisseau Gouverneur, ligne médiane dorsale) et regarde descendre l’expir par le Ren Mai (RM ou Vaisseau Conception, ligne médiane abdominale). Il pratique alors une respiration en boucle « fermée ». (Pour plus d’explications, voir Catherine Despeux)

La « Petite Révolution Céleste » peut se percevoir et se dessiner dans le Xiang (image - emblème) du TaiJi (太极ou « Faîte suprême », quel vocabulaire !). Le côté Yang du TaiJi englobe le dos du pratiquant, la part « vieux Yang » se situant à la tête. Le côté Yin du TaiJi revient au thorax et la part « vieux Yin » plonge dans l’abdomen. Le pratiquant visualise sa respiration en boucles (inspir –DM, expir – RM) et y superpose l’image du TaiJi. Il se donne ainsi la possibilité de relier ses contradictions fondamentales en commençant par les plus élémentaires : face dorsale et abdominale. La face dorsale (Yang) s’adosse au Nord de l’environnement (Yin) ; la face abdominale (Yin) est tournée vers le Sud de l’environnement (Yang). L’inspir (Yin, mouvement de compression) monte le long du dos (Yang) qui est adossé au Nord (Yin), l’image est celle du Yang croissant. L’expir (Yang, mouvement d’expansion) descend le long de la ligne médiane abdominale (Yin) qui fait face au Sud (Yang), l’image est celle du Yin croissant.

Cet exercice simple nous met en présence de plusieurs couples Yin -Yang à « pratiquer » simultanément par respiration et visualisation : suivre du regard intérieur l’ascension du Yang lors de l’inspir et de même pour la descente du Yin lors de l’expir. La connexion dos-abdomen se fait d’elle-même, en même temps que s’installe l’axe Nord-Sud (du périnée au nord, à la fontanelle au sud), et bien d’autres couples qui nous constituent sont mis en évidence. La sensation d’être un œuf, rempli de potentiels divers, posé et bien installé dans un coquetier n’est pas loin !... Excellent exercice lorsque les coups de déprime nous enfoncent dans une dévalorisation de nous-même !

Le pratiquant peut également subdiviser le TaiJi et, sur sa respiration en boucle, visualiser le déroulement des saisons : l’inspir « monte » le printemps et l’été, phase d’expansion et de croissance du Yang (de RM1 à DM20, du périnée à la fontanelle). L’image est celle du dragon de Feu qui prend son envol au printemps et s’égaie au ciel en été. D’un point de vue physiologique, cette longue et lente inspiration active le système nerveux sympathique avec libération de substances adrénergiques (phase énergétisante om le mouvement Yin de l’inspir prend en soi). Puis l’ouverture du point BaiHui (DM20), au point culminant de l’été, laisse pénétrer les premières pluies bienfaitrices et fécondantes. L’eau prend sa source à la fontanelle et se gorge de toutes les eaux dévalant des montagnes. Ruisseaux deviennent rivières puis fleuves pour former le grand océan de la vie dans le DanTian (zone entre nombril et pubis) : l’expir suit le Yin croissant, il « descend » l’automne, le dragon d’Eau plonge et se réfugie dans l’océan en hiver. D’un point de vue physiologique, l’expiration active le système nerveux parasympathique avec libération de substances cholinergiques (phase de relâchement). Cet exercice de respiration et de visualisation équilibre le système nerveux végétatif, garant d’une bonne santé « psycho-corporelle ».

Jing - Shen (ou « Inconscient - Conscient », ose-t-on proposer), le couple Yin-Yang nous différenciant des autres espèces animales, se manifestent en alternance. De plus, le pratiquant ré-anime un cycle temporel (4 saisons) et se re-localise au centre de son cadre spatial (4 directions). Excellent exercice pour qui perd le Nord !

Le pratiquant peut aller encore plus loin dans la subdivision du TaiJi, puis des saisons et visualiser le déroulement de l’année suivant les 12 mois en y superposant les images et les correspondances des 12 Hexagrammes calendériques. Le procédé est le même : en rendant vivant l’environnement en lui (12 mois de l’année ou 12 heures du jour), il réactualise les alternances et fluctuations entre ses multiples pôles opposés et complémentaires. Cet exercice, encore intitulé « Montée et descente de Qian et de Kun », se pratique traditionnellement sur une respiration rythmée par un comptage (pour plus de précisions, lire C. Despeux). Toutefois, il est déconseillé à des personnes malades ou fragiles de le pratiquer de cette manière. Même pour des personnes en bonne santé, cet exercice demande de longues années d’entraînement pour être fait correctement. Donc, passons outre le comptage pour le moment et accordons de l’importance à nous installer dans une respiration en boucles régulières: inspir par DM en commençant au périnée jusqu’à la fontanelle et expir, moins long, par RM de la fontanelle jusqu’au périnée. En même temps, le pratiquant visualise les 12 Hexagrammes calendériques avec leurs correspondances à chacune des étapes de l’orbite microcosmique (ou Petite Révolution Céleste). Ce qui donne … (à suivre sur le schéma)

Démarrer l’inspir en Zi (année, mois et heure du Rat), au point RM1, Hui Yin ou Réunion des Yin (au périnée). Visualiser l’Hex. 24, Fu ou le Retour : au solstice d’hiver, un trait Yang rentre par le bas : « Ecouter ce qui est en gestation, ne pas forcer le mouvement, mais l’accompagner ».

Faire monter l’inspir jusqu’au coxys en Chou (année, mois et heure du Buffle), au point DM1, Chang Qiang ou la Force durable (base du coxys). Visualiser l’Hex.19, Lin ou l’Approche : « durant le grand froid, le printemps n’est pas encore visible, néanmoins il résonne déjà dans l’automne à venir. Laisser venir le printemps ».

Amener l’inspir dans les vertèbres lombaires jusqu’en Yin (Tigre), au point DM4, Ming Men ou la Porte de la Vie (sous la 2ème lombaire). Visualiser l’Hex. 11, Tai ou la Prospérité : « au début du printemps, les premières pluies appellent le Ciel et la Terre à se rencontrer et à se féconder donnant un foisonnement enivrant de possibilités nouvelles ».

Suspendre l’inspir au niveau des omoplates en Mao (Chat), au point DM11, Shen Dao ou la Voie de l’Esprit (sous la 5ème dorsale). Visualiser l’Hex. 34, Da Zhuang ou La Grande Vigueur : « à l’équinoxe du printemps, il s’agit de canaliser une force débordante sans quoi le bélier se prend les cornes dans la barrière ».

Reprendre l’inspir à la base de la « bosse de bison » en Chen (Dragon), au point DM14, Da Zhui ou la Grande Vertèbre, (sous la 7ème cervicale). Visualiser l’Hex. 43, Kui ou Se montrer résolu : « lors du Qing Ming (cérémonie aux ancêtres), le dragon se montre trop ambitieux et accumule la tension, il est temps de percer l’abcès ».

Continuer l’inspir jusqu’à la base du crâne en Si (Serpent), au point DM16, Feng Fu ou le Palais du Vent (trou occipital). Visualiser l’Hex.1, Qian ou L’Elan Créatif : « au début de l’été, la vigueur créative devient peu à peu consciente qu’elle est susceptible de se concrétiser à condition d’entrer en résonance avec la Terre ».

Amener l’inspir au sommet de la tête en Wu (Cheval), au point DM20, Bai Hui ou les Cent Convergences (fontanelle). Visualiser l’Hex. 44, Gou ou Etre Accueillant : « au solstice d’été, la pluie bienfaitrice ralentit le mouvement Yang en vue d’un apaisement et d’une mise en réserve ».

Démarrer l’expir et l’amener jusqu’au 3ème oeil en Wei (Chèvre), au point Ex.1, Yin Tang ou le Temple du Sceau (entre les 2 sourcils). Visualiser l’hex. 33, Dun ou Faire Retraite : « profiter des dernières canicules pour effectuer un recul stratégique qui permettra à long terme de se renforcer ».

Continuer l’expir jusqu’au thorax en Shen (Singe), au point RM17, Shan Zhong ou le Milieu de la Poitrine (entre les 2 tétons). Visualiser l’hex. 12, Pi ou l’Adversité : « au début de l’automne, faire le point sur les récoltes, se désolidariser des mesquineries de quartier, renforcer ses racines ».

Suspendre l’expir jusqu’au niveau de l’estomac en Yu (Coq), au point RM12, Zhong Wan ou le Milieu de l’Epigastre. Visualiser l’Hex. 20, Guan ou le Regard : « à l’équinoxe d’automne, la tour au milieu de notre paysage intérieur aiguise notre regard nocturne et nous donne une autre vision de choses ».

Continuer l’expir jusqu’au nombril en Xu (Chien), au point RM8, Shen Que ou le Palais de l’esprit (nombril). Visualiser l’Hex. 23, Bo ou le Dépouillement : « lors des rosées froides et des gelées blanches, restons au chaud, mieux vaut se reposer et s’économiser, tricoter des chaussettes au coin du feu ».

Terminer l’expir au centre du Dan Tian en Hai (Cochon), au point RM4, Guan Yuan, la Porte de l’Origine (3 travers de pouce sous le nombril). Visualiser l’hex. 2, Kun ou l’Elan réceptif : « dès le début de l’hiver, la petite neige accueille et nourrit le processus du renouveau, l’élan vital remue l’océan de l’intérieur. Cependant, qui précède s’égare ! »

Redémarrer l’inspir au périnée… etc.

Ce cycle de visualisation-respiration demande beaucoup d’entraînement pour être exécuté avec correction. Mais il y a moyen d’y arriver par étapes. Par exemple, dans un premier temps, le pratiquant peut débuter par la visualisation de l’hex. 2, Kun, au Dan Tian et démarrer l’inspir en y intégrant un trait Yang (Hex. 24, Fu). Une contraction du périnée (en RM1) permet alors l’envolée des traits Yang : tout au long d’un inspir le plus lent possible (sans forcer !), il visualise l’ascension des traits Yang qui s’enfilent sur la colonne vertébrale comme sur un collier de perles, jusqu’à la base de l’occiput où l’Hex.1, Qian, s’ouvre à l’acceptation d’un trait Yin (Hex. 44, Gou) qui s’insinue au point BaiHui (DM20). Un élément Yin appelle les autres traits Yin à venir s’ajouter et à former l’océan du Dan Tian tout au long d’un expir aussi lent que possible. Le pratiquant ajoutera la visualisation de un, puis deux, puis trois … hexagrammes au fur et à mesure qu’il améliore sa pratique. L’apprentissage de cet exercice par étapes installe à demeure la dynamique et le paysage de chacun des hexagrammes calendériques au bon endroit de la boucle « Du Mai - Ren Mai » et au bon moment du mouvement inspir-expir.

« Montée et descente de Qian et de Kun », tout comme la visualisation de la respiration sur le l’emblème du TaiJi ou sur le cycle des saisons, est un exercice remettant le pratiquant en phase avec son environnement. Cette fois, des situations psychiques connues (exprimées au travers d’un xiang-hexagramme) et pouvant être ressenties « spontanément » à certains endroits du corps (points cités) sont mises en résonance avec un processus climatique qui par définition est continu. Nos situations psychiques sont souvent discontinues : il est même assez fréquent que nous restions bloqué dans une situation émotionnelle, nous installant alors dans une attitude répétitive, ce qui peut se traduire par des douleurs dans la région correspondante. Par ex., une personne qui veut voler trop haut et trop vite de ses propres ailes se plaindra de douleurs et de raideurs dans le haut du dos et dans la nuque (DM14-16). Autre ex. : les conflits relationnels se ressentent souvent au niveau du plexus solaire (RM17). Ou encore : un manque de dynamisme et d’entrain à la vie alourdira le bas du dos (DM1-4), etc. Cet exercice de « Montée et descente de Qian et de Kun » est alors idéal pour faciliter un déblocage psychique, il permet aux émotions de se fluidifier et de se remettre à circuler de la même manière que, dans notre environnement immédiat, le climat fluctue sans cesse (de mois en mois). De quoi ré-assaisonner un quotidien figé et redonner du goût à la vie et à ses cycles.

D’emblée, une remarque : le « Tu » (plan, schéma, etc.) proposé par cette pratique de santé n’arrange pas les Hexagrammes calendériques de la même manière que le « Tu » proposé par les fervents Djohistes (voir ci-dessous). En effet, dans ce dernier, Qian se situe « logiquement » en haut, au plein Sud et Kun se trouve en bas, au plein Nord.

« Erreur ? » s’étonneront certains… Les deux versions semblent en effet se contredire suffisamment pour qu’on pense que l’une est correcte et l’autre erronée. C’est oublier le côté labile de la pensée et de la langue chinoises pour lesquelles deux propositions contraires ne s’excluent pas, mais peuvent s’utiliser simultanément, quoique différemment. Ici, par exemple, une même série d’éléments (12 Hex.) est utilisée dans deux contextes différents. Le contexte « Classique des Changements » suit une logique N-S pour laquelle les 6 traits Yang (Qian) donnent l’image du plein Sud et inversement pour Kun. Tandis que le contexte taoïste, dans lequel s’inscrit l’exercice décrit plus haut, choisit la logique du TaiJi pour laquelle la « plénitude du Sud » ne peut se concrétiser que grâce à l’accueil d’un trait Yin et pour laquelle le « vide du grand Nord » absorbe un premier trait Yang sans quoi il se figerait dans la glace. Bref, le contexte taoïste rend compte de « l’infime amorce » , alors que le contexte « Classique des Changements » se situe dans une « logique plus cartésienne » (!) : Yang-Sud et Yin-Nord. Toutefois, on peut citer Wang Bi, penseur taoïste du 3ème PC, qui donnait cette belle image pour parler de la dynamique Yin-Yang : « le Yin est ce qui désire devenir Yang et le Yang est ce qui désire devenir Yin ». La dynamique du Yin-Yang ne se pense pas dans la perfection du Yin (6 traits Yin au Nord) ou dans la perfection du Yang (6 traits Yang au Sud)… sinon plus de dynamique, plus de changement, plus d’évolution !

Une autre remarque concerne le terme « environnement » souvent utilisé ici et qui fait trop facilement penser aux « petits oiseaux » et aux « fleurs bleues ». Les pratiques taoïstes de santé (dont celle décrite succinctement ci-dessus) exercent leurs mouvements dans la détente, la précision, la respiration, la visualisation et le « sourire » (le contentement). Elles sont de ce fait de puissants outils pour re-construire notre axe, pour nous réinstaller dans notre centre et y retrouver notre regard intérieur. Donc par « environnement », on entend d’abord : « où me situer ? quel est mon Ciel et ma Terre ? où est mon Nord et où est mon Sud ? » etc. Il s’agit là d’un mouvement centripète (Yin), de retour vers soi, de reconstruction de sa propre « bulle environnementale ». Toutefois, si ce mouvement n’est pas suivi d’un second mouvement vers l’extérieur, centrifuge (Yang), il ne réalise pas le Yin-Yang. Un retour vers soi efficace nous amène naturellement, « spontanément » (ou « de soi-même-ainsi ») à prendre part au monde extérieur de manière plus sereine, plus décidée et participative, en tout cas moins désorientée ! Notre environnement extérieur n’est pas « petits oiseux et fleurs bleues », il est un quotidien familial, social, économique, politique auquel toute personne « bien dans sa peau » participe « de-soi-même-ainsi ». Les pratiques taoïstes de santé, par la remise en phase qu’elles opèrent, facilitent les passages fluides entre environnement intérieur (bulle individuelle) et extérieur (bulle sociétale).

Ces deux remarques me font penser à la sempiternelle discussion à savoir si le YiJing relève du Taoïsme ou du Confucianisme. Historiquement, cette question n’a pas lieu d’être posée, puisque les prémisses du Yi Jing sont antérieures à ces deux lignées philosophiques. De plus, elle n’a pas beaucoup d’intérêt, sauf pour alimenter les discussions de sinologues : le mouvement alternant qui nous porte de jour en jour nous montre qu’à certains moments, nous avons besoin d’un retour vers nous-même et le YiJing s’ouvre alors à nous « à la taoïste ». D’autres jours, nous nous sentons suffisamment solide et habile pour faire des choix judicieux et poser des actes corrects dans le monde extérieur et nous utilisons alors le YiJing à la « confucianiste ». N’est-ce pas une application de l’alternance Yin-Yang dans notre quotidien? N’est-ce pas l’efficience du YiJing que de nous l’apprendre ?

Montée et descente de Qian et de Kun

Hex.11 – Tai - la Prospérité ßà DM4 – Ming Men – la Porte de la Vie
Yin, année du Tigre
3/5h, méridien Shou Tai Yin Fei Jing (P)
1er mois (6/2-6/3) : Li Chun, le début du Printemps - Yu Shui, les Premières Pluies
Ciel et Terre se rencontrent, foisonnement enivrant de possibilités nouvelles

Hex.34 – Da Zhuang – La Grande Vigueur ßà DM11 - Shen Dao – la Voie de l’Esprit
Mao, année du Chat
5/7h, méridien Shou Yang Ming Da Chang Jing (GI)
2ème mois (6/3-6/4) : Jiu Chi, le réveil des insectes – Chun Fen, Equinoxe du Printemps (21/3)
Canaliser une puissance débordante, sinon le bélier risque de se prendre les cornes

Hex. 43 – Kui – la Percée ßà DM14 – Da Zhui – la Grande Vertèbre
Chen, année du Dragon
7/9h, méridien Zu Yang Ming Wei Jing (E)
3ème mois (6/4-6/5) : Qing Ming, la Pure Clarté – Gu Yu, la Pluie de Céréales
Le Dragon veut voler jusqu’au ciel, grande tension ; donc percer l’abcès

Hex. 1 – Qian – le Ciel, l’élan créatif ßà DM16 – Feng Fu – le Palais du Vent
Si, année du Serpent
9/11h, méridien Zu Tai Yin Pi Jing (Rte)
4ème mois (6/5-6/6) : Li Xia, le début de l’Eté – Xiao Man, Petite Plénitude
la vigueur créative trouve concrétisation quand il entre en résonance avec la Terre

Hex.44 – Gou – Etre Acceuillant ßà DM20 – Bai Hui – les 100 Convergences
Wu, année du Cheval
11/1h, méridien Shou Saho Yin Xin Jing (C)
5ème mois (6/6-6/7) : Mang Zhong, les Barbes d’Epis – Xia Zhi, Solstice d’été (21/6)
ralentissement du mouvement en vue d’une mise en réserve ; pluie bienfaitrice

Hex.33 – Dun – Faire Retraite ßà Ex.1 – Yin Tang - Temple du Sceau
Wei, année de la Chèvre
13/15h, méridien Shou Tai Yang Xiao Chang Jing (Ig)
6ème mois (6/7-6/8) : Xiao Shu, Petite Canicule – Da Shu, Grande Canicule
recul stratégique qui permet à long terme de se renforcer ; paysage intérieur

Hex. 12 – Pi – l’Adversité ßà RM17 – Shan Zhong – le Milieu de la Poitrine
Shen, année du Singe
15/17h, méridien Zu Tai Yang Pan Guang Jing (V)
7ème mois (6/8-6/9) : Li Qiu, le début de l’automne – Chu Shu, fin de Canicule
se désolidariser d’un entourage mesquin ; renforcer les racines du mûrier

Hex. 20 – Guan – le Regard ß à RM12 – Zhong Wan – le Milieu de l’épigastre
You, année du Coq
17/19h, méridien Zu Shao Yin Shen jing (Rn)
8ème mois (6/9-6/10) : Bai Lu, la Rosée Blanche – Qiu Fen, Equinoxe d’automne (21/9)
le regard intérieur donne une autre vision des choses ; la tour au milieu du pays

Hex. 23 – Bo – le Dépouillement ßà RM8 – Shen Que – le Palais de l’Esprit
Xu, année du Chien
19/21h, méridien Shou Jue Yin Xin Bao Jing (MC)
9ème mois (6/10-6/11) : Han Lu, la Rosée Froide – Shang Jiang, la Gelée Blanche
quand le Yang s’effondre, mieux vaut rester au chaud, se reposer et s’économiser

Hex.2 – Kun – la Terre, l’élan réceptif ßà RM4 – Guan Yuan – la Porte de l’Origine
Hai, année du Cochon
21/23h, méridien Shou Shao Yang San Jiao Jing (TR)
10ème mois (6/11-6/12) : LiDong, le début de l’Hiver – Xiao Xue, petite neige
par son vide, elle accueille et nourrit le processus nouveau ; qui précède s’égare

Hex.24 – Fu – le Retour ßà RM1 – Hui Yin – la Réunion des Yin
Zi, année du Rat
23-1h, méridien Zu Shao Yang Dan Jing (VB)
11ème mois (6/12-6/1) : Da Xue, Grande Neige – Dong Fen, Solstice d’Hiver (21/12)
écouter se qui est en gestation, ne pas forcer le mouvement, mais l’accompagner

Hex.19 – Lin – l’Approche ßà DM1 – Chang Qiang – la Force Durable
Chou, année du Buffle
1-3h, méridien Zu Jue Yin Gan Jing (F)
12ème mois (6/1-6/2) : Xiao Han, Petit Froid – Da Han, Grand Froid
le printemps n’est pas encore visible, mais il résonne déjà avec le futur automne

Biblio :

  • Catherine Despeux, les ouvrages concernant l’alchimie taoïste, surtout la traduction du « Traité d’Alchimie et de Physiologie taoïste » de Zhao Bichen (Les Deux Océans)
  • Henri Maspéro, « Histoire du Taoïsme » (Gallimard)
  • « Livre des changements », traduction par Javary et Faure (Albin Michel)


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