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Les Eaux troubles du lac Manasovar de Himalove correspondance sur place D’après les mystiques hindous, le mont Kailash et le lac Manasovar, dans lequel se reflète la montagne Sacrée, à l’Ouest du Tibet, sont les centres de l’Univers autour desquels gravite le destin de l’Humanité. Depuis le 10 mars 2008, les médias occidentaux essayent de rendre vraie cette image ; et présentent la révolte tibétaine comme "la conscience du Monde libre, cherchant à se défaire des forces du Mal". Peu de journalistes dénoncent la métaphysique du point de vue et montrent les coulisses de "l’insurrection"... UNE OPÉRATION DE DÉSTABILISATION SUR LE TOIT DU MONDE Le boycott des jeux olympiques de Moscou, en 1980, et la défaite des troupes soviétiques, en Afghanistan, ont préludé l’implosion de l’Union soviétique. Les stratèges du Pentagone dont le mode de pensée n’a guère évolué, depuis la guerre froide, aimerait reproduire le même schéma déstabilisateur, dans les larges étendues du Xinjiang, Mongolie et Tibet, contrôlé par Pékin. Le boycott des JO de 2008, au nom des droits de l’homme, bafoués
au Tibet, est à placer dans cette perspective : l’endiguement
et l’isolation d’un régime. Néanmoins, la présence de 47 348 soldats de l’OTAN, dans le massif de l’Hindou Kusch, et les bases militaires US en Kirghizie, Tadjikistan, Mongolie confirment l’ambition d’une telle entreprise. Selon un observateur pakistanais, qui préfère rester anonyme : « Les Américains ont comme allumé une bombe atomique dans la région. » En finançant des mouvements séparatistes, au Turkestan chinois et au Tibet - grâce, en partie, à l’énorme trafic d’opium (1), organisé par l’US Air Force, en Afghanistan - , la CIA espère réduire d’un quart la superficie d’un empire, dont la puissance économique, à terme, pourrait changer « le sens de gravité du Monde ». Cette opération débutée, dès la fin 2001, avec l’invasion de l’Afghanistan, sert à contrecarrer l’installation d’une arche sécuritaire, abritant la Chine, la Russie, les ex-républiques soviétiques d’Asie centrale, le Pakistan, l’Inde et l’Iran. Ces trois derniers pays ayant, pour l’heure, un statut d’observateur,
au sein de la « Shanghai Cooperation Organisation », il importe,
aux forces atlantistes, d’empêcher la constitution « d’un
nouveau pacte de Varsovie » où la Chine pèserait
de tout son poids. Les Himalayas, qui non seulement sont le château d’eau de l’Asie et recèlent de nombreux métaux précieux comme le thorium, sont les ultimes créneaux où se battent les derniers guerriers de la guerre froide. AUTOPSIE D’UNE INSURRECTION CÉLESTE Les groupes tibétains en exil, basés en Inde et dans les capitales occidentales, travaillent, depuis deux ans, pour faire coïncider un soulèvement populaire, à Lhassa, et un mouvement international de boycott des jeux olympiques, à Pékin. Ces organisations non gouvernementales, ouvertement financées par le Congrès américain, sont associées à l’organisation « Reporters sans frontières » dont le président français, Robert MÉNARD, est bien connu… Selon le porte-parole de la communauté tibétaine, à Paris, Wangpo BASHI, « La France, en Europe, est en tête de ce mouvement. » Le vestibule pro tibétain, à l’Assemblée, a même réussi à faire de 2007, l’année du Tibet. Les intellectuels, les artistes sont invités à signer des dazibaos, publiés dans les journaux, dénonçant l’oppression sur le Toit du monde. De nombreux drapeaux tibétains flottent, aux côtés de l’emblème européen, au-dessus des hôtels de ville, de petites bourgades de province comme Crest, dans la Drôme. Le modèle d’agitation propagande des militants « Free
Tibet » est un peu celui des sionistes. Envahissant. Sans en discuter avec le Parlement et l’Assemblée, le plus américain de nos présidents a décidé, en effet, d’envoyer 1 000 soldats supplémentaires en Afghanistan ; puis armé de ses nouveaux missiles M51, d’une portée de 10 000 Km, de menacer la Chine d’un boycott de l’ouverture des Jeux. On est loin du concept éclairé d’un « monde
multipolaire », rêvé à voix haute par Jacques
CHIRAC… L’ambassade de France, à Pékin, délivrerait même, aujourd’hui, des visas à d’obscurs nomades, du plateau tibétain, afin de nourrir le renseignement militaire (2)… UN FORMIDABLE BOND EN ARRIÈRE Les violences à Lhassa ont débuté le jour anniversaire de l’insurrection de 1959, le 10 mars, dont on sait qu’elle fut orchestrée par la CIA (3). 300 moines du monastère de Zhaibung déferlent sur le centre-ville. Loin de l’image du bonze tranquille, défiant l’armée
américaine, au Vietnam, les prélats enragés se conduisent
comme les émeutiers du Gujarat, et s’en prennent, en premier
lieu, aux citoyens chinois. Le glissement idéologique de l’anticommunisme des années REAGAN vers un nationalisme étroit, chauvin, religieux et raciste est ici évident. Il suffit de comparer le modus vivendi du mouvement tibétain de 1988-1989 et celui d’aujourd’hui pour s’en convaincre. L’ennemi n’est plus un soi-disant régime communiste mais la présence physique du chinois et des tibétains au sang-mêlé. En 1997, un rempoché du Norbulingka, à Lhassa, me confiait : « l’aspect
le plus dangereux, pour nous, du génocide culturel, pratiqué par
l’administration chinoise, ce sont les mariages mixtes… ». Il est curieux de voir les représentants du modèle républicain
d’intégration française soutenir le violent repli
identitaire des « moines » tibétains. « UN PAPE QUI DEVIENT PRÉSIDENT : C’EST LA SAINT-BARTHÉLÉMY ASSURÉE ! » Le 12 mars, le jour où douze moines sont arrêtés, par la police chinoise pour vandalisme, le dalaï-lama déclare au monde entier : (Je laisse son propos en anglais pour ne pas trahir sa pensée.) La violence urbaine des tibétains est présentée, tout le long du discours, par le pape de la non-violence, comme une catharsis voire une libération d’une oppression vieille de soixante ans. Le chief minister du Gujarat, en Inde, Narendra MODI, a tenu les mêmes propos juste après les pogroms antimusulmans de février-mars 2002. La déclaration largement diffusée du DL par S-M-S jette de l’huile sur le feu. Dans les heures qui suivent, une frénésie de vols et de destructions de magasins, appartenant aux chinois, s’en suivent. Les biens des personnes « chinoises » – et la personne elle-même – sont plus touchés que les symboles de l’autorité. Les hans et les ouïgours sont les premières victimes de l’émeute communautaire. Au sommet de leur délire, les émeutiers rêvent d’effacer les chinois. Leur inspiration « bouddhiste » vient du Bhoutan, le pays du Dragon, où le roi Jigmé WANGCHUK a procédé, dans les années 80, à une énorme épuration ethnique : des centaines de milliers de Lhotsampas, des bhoutanais d’origine népalaise, ont été expulsés du pays… Mais la police chinoise n’est pas l’armée indienne,
qui laissa déporter un sixième de la population au Bhoutan,
puis exterminer, en février et mars 2002, pendant des semaines,
3 000 musulmans, au Gujarat. Plus de 100 morts parmi « les insurgés », selon les
militants « Free Tibet ». Mathieu RICARD, le secrétaire
du dalaï-lama, à Katmandou, parle de 160 morts. Certains d’entre eux sont des mendiants qui, chaque jour, supplient les restaurateurs « chinois », de remplir leur sac plastique de déchets pour manger. La révolte gronde sous les haillons et la vermine. Le gouvernement chinois comme son homologue indien, au Sikkim, dans les années soixante-dix, a encouragé « une révolution démographique » (5) : il y aura bientôt plus de travailleurs chinois de l’Est et du Nord que de tibétains et d’ouïgours sur les chantiers himalayens. De l’autre côté, en Inde, les déplacements de population, les expropriations et les nouvelles partitions du territoire, entraînant des « génocides culturels », sont également légion. Mais là « ces holocaustes sans importance » n’entraînent pas une mobilisation mondiale des médias. Sans doute, parce que ces crimes sont perpétrés par des multinationales et par un potentiel partenaire stratégique de l’Amérique, l’Inde. LE BOUDDHA VIVANT A PERDU LA FACE À MacLeod, peintures et tambours de guerre ont remplacé les messages de paix. Le royaume imaginaire d’un dalaï-lama, paisible et sûr de lui, fond à vue d’œil. En dépit du prix de la communication téléphonique vers la Chine – 3 roupies, la minute – la révolte télécommandée au Tibet s’épuise. Et sur les 100 000 tibétains réfugiés, vivant en Inde, seuls quelques dizaines de militants continuent à hurler « Free Tibet » sur le Mall de MacLeod. Avec l’échec de l’insurrection à Lhassa, on assiste à la fin pitoyable d’une secte. Le Tibet du dieu vivant est entrain de disparaître, nivelé parmi les 56 ethnies qui constituent la république populaire de Chine et miné par ses propres contradictions. Le royaume du dalaï-lama ne peut survivre à cette égalité des personnes et des « races ». Ce constat rend amers les « gardes rouges » des monastères et peut les conduire à n’importe quel moment aux massacres communautaires. Plus la crainte de disparaître devient forte chez les sectaires, plus le monde extérieur est perçu comme hostile ; et la violence, pour protéger le royaume, naturelle. Le dalaï-lama le sait. C’est pourquoi il menace l’ensemble des dévots, de part et d’autre des frontières, de sa démission, si les pogroms antichinois continuaient… « Le vieux singe », sur un plan politique, est toujours fidèle à l’accord en 17 points, signé le 23 septembre 1951, par Lui et le panchen-lama, avec Mao tsé toung et Chou en-lai. Ce qui enrage le Youth Tibetan Congres. Le discours des militants du YTC, en Inde, a subi l’influence des fondamentalistes hindous pour lesquelles les fractures communautaires doivent dessiner les frontières. On ne parle plus de « non-violence » mais « d’identité à préserver » ou « de liberté religieuse ». Le seul territoire sur lequel le fief du dalaï-lama a encore prise : ce sont les images qu’on essaye avec la complicité des médias de retoucher. Les journalistes présents sont guidés, orientés, voire censurés quand ils demandent s’il est vrai que des Khampas, conseillés par la CIA, se préparent à l’action directe. LES INQUIÉTANTS AMIS DU « ROYAUME » Personne n’écrit, en France, que les plus grands supporters
de l’insurrection tibétaine, en Inde, sont Narendra MODI,
le boucher du Gujarat, et L.K. ADVANI, un des chefs des Rashtrya Swayamsevak
Sangh. Sans le soutien du chief minister de l’Himachal Pradesh, appartenant au Bharatiya Janata Party, récemment élu, l’agitation politique des tibétains en exil, sur le sol indien, n’eut été possible. Les tibétains ici ne sont pas des « réfugiés » mais des « invités » ; il leur est interdit de mener des activités antichinoises. Même la venue de Nancy PELOSY et de neuf sénateurs américains, le 21 mars 2008, à Dharamsala, a nécessité l’accord du gouvernement. Au moment où la troisième personne, la plus importante,
du gouvernement US, déclare : Des militants de « Free Tibet » envahissent les prémisses
de l’ambassade chinoise à New Delhi. La cause tibétaine permet aux ennemis de l’United Progressive Alliance, de perturber la politique étrangère du docteur Manmohan SINGH qui souhaiterait rester en dehors du problème, et respecter les accords de non-ingérence passée avec la Chine. Les cinq principes bouddhistes du traité du Pansheel marquent, en principe, toutes les relations sino-indiennes. La diplomatie chinoise s’interdit de faire la moindre remarque à propos
de la loi martiale, en vigueur au Jammu et Cachemire et au Manipur ;
et en contrepartie, South Block, le ministère des affaires étrangères
indien, évite de parler du Tibet. Leur argumentaire est le suivant : En effet, le gouvernement chinois ne reconnaît pas le traçage
des frontières des Britanniques, dans la région tibétaine
de Tawang, en Arunachal Pradesh (3). Cette volonté affichée de l’État-major indien est en phase avec la politique américaine, dans la région. LE RÔLE HISTORIQUE DE LA CIA La documentation sur les activités de l’agence de Langley, pendant la guerre froide, au Tibet est passionnante. En 2002, le livre «The CIA’s Secret War in Tibet», de Kenneth CONBOY et de Jim MORRISON, un ancien espion de la CIA, lève les derniers mystères de l’insurrection de 1959. Ce sont les accords de Nixon et de Mao tsé toung, en 1972, qui arrêtèrent, provisoirement, les activités de la Résistance tibétaine. À propos de ces accords, Henry KISSINGER, qui était en
visite, à Pékin, très récemment, déclare,
le 24 février 2008, au «China Daily» : C’est, peut-être, la permanence de ces accords et leurs respects
qui conduisent les chinois à ne pas accuser, aujourd’hui,
ouvertement le département d’état américain,
dans les événements au Tibet. La plupart des informations, relatives à l’insurrection du 10 mars, diffusées par la presse mondiale, s’appellent John ACKERLY. ACKERLY est le président de International Campaign of
Tibet.
Son groupe travaille avec le gouvernement américain, le département
d’état et le Congrès. Au mois de juin 2007, à New Delhi, un groupe intitulé « Friends of Tibet » tient une conférence pour discuter des modalités d’une intervention globale, à l’occasion des jeux olympiques. Les parrains américains sont présents. Un peu sur le modèle de la marche des réfugiés Lhotsampas
vers le Bouthan, sévèrement réprimée, par
les Border Security Forces indiennes. Au mois de novembre 2007, la sous-secrétaire d’état
US, Paula DOBRIANSKY, rencontre le dalaï-lama. Au mois de janvier 2008, les groupes proches du DL lancent un mot d’ordre d’insurrection générale, à l’intérieur du Tibet. Les exilés annoncent publiquement, le 25 janvier 2008, la création du « Tibetan People’s Uprising Movement ». Le jour choisi pour déclencher l’insurrection est le 10 mars 2008. L’ambassadeur US, en Inde, David MULFORD, est en conversation avec
le dalaï-lama lorsque les bans de l’insurrection sont publiés. Depuis vingt ans, le gouvernement fantoche de Dharamsala accueille, nourrit, éduque et renvoie, avec l’argent du Congrès US, au Tibet, des milliers d’agents du dalaï-lama. Ces derniers ont fini par former, sur le papier, un énorme réseau
de renseignement et d’action. En pleine tempête au Tibet, le passage du flambeau olympique sera la preuve vivante de la sérénité de l’empire du milieu. HIMALOVE
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