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Enquête sur une photo manipuléeMichel Collon (*)Regardez bien cette photo « Soldats chinois déguisés en moines », que vous avez sans doute reçue ou recevrez bientôt. Elle circule beaucoup sur le Net, avec le commentaire : « Londres - 20 mars - Le GCHQ, l'agence gouvernementale de communications qui surveille électroniquement la moitié du monde depuis l'espace, a confirmé l'accusation du Dalaï Lama, selon laquelle l'Armée Populaire de Libération chinoise, déguisée en moines, a provoqué les émeutes qui ont tué ou blessé des centaines de Tibétains... » Cette photo est censée le prouver, et elle a donc indigné beaucoup de gens. Maintenant, regardez attentivement cette photo, et jouons au jeu des sept erreurs... Les 7 erreurs...
En réalité, la photo date de 2003. Lors du tournage d'un film, les moines ont refusé de jouer les figurants. Ce sont donc des soldats qui en ont été chargés, et ils reçoivent ici leurs uniformes de figurants. Pratique courante là-bas, semble-t-il. En tout cas, rien à voir avec les récentes images TV montrant des moines exercer des violences et détruire des magasins à Lhassa. Bon, ça semblait tellement gros qu'il fallait quand même vérifier. Eh bien, en fait, vous pouvez trouver confirmation sur... le site pro-indépendantiste qui diffuse la photo 'accusatrice' : buddhism.kalachakranet.org/chinese-orchestrating-riots-tibet.htm La photo y est sous-titrée : This is not an uncommon 'tactical move' from the Chinese government, as could be seen on the back-cover of the 2003 annual TCHRD Report This photo was apparently made when monks refused to play as actors in a movie, so soldiers were ordered to put on robes. (Ceci n'est pas un 'mouvement tactique' inhabituel de la part du gouvernement chinois, comme on peut le voir sur la couverture arrière du rapport 2003 du Tibetan Centre for Human Rights and Democracy. Cette photo semble avoir été prise lorsque des moines ont refusé de jouer dans un film, de sorte que des soldats ont reçu instruction de porter ces robes.) Interrogé sur cette manipulation, le webmaster du site a répondu qu'il a quand même associé la photo au texte accusant les Chinois « afin de montrer le genre de leurres que les Chinois ont utilisé dans les émeutes récentes ». Chacun appréciera cette déontologie journalistique. Ensuite, toutes sortes de groupements ont purement et simplement supprimé ce commentaire pour faire croire que la photo était récente et qu'il s'agissait d'une conspiration de l'armée chinoise. Depuis, la photo fait le tour du monde... "Photos - satellites" ? Ce n'est pas la première fois...
Une image peut-elle mentir ? C'est donc le moment de rappeler qu'on peut mentir avec des images. Sans parler des techniques graphiques actuelles, de grands cinéastes comme Chris Marker ont brillamment démontré comment un commentaire peut faire dire n'importe quoi à une image et sembler crédible. En fait, l'image elle-même ne nous dit pas :
Tous, nous nous sommes déjà fait piéger par de telles images dans le passé. Certes, chacun se fera son opinion sur la question du Tibet en essayant de vérifier les deux versions, en étudiant les intérêts en jeu des deux côtés, notamment de George Bush que le Dalaï Lama admire tant. Mais en tout cas nous avons droit à une info non manipulée. Nous suggérons aux personnes qui ont diffusé cette image de diffuser aussi le rectificatif. Merci pour votre attention.
Petites précisions et correctif sur la fameuse photo (de Pierre Sterckx)Donc il
est sûr que c'est un cliché "réutilisé" qui
date de 2003. On dit dans le texte qu'on a fait porter le costume par les gendarmes parce que les moines avaient refusé de faire la figuration dans le film. Cela est archi-faux. En Chine il est impensable de demander à des moines de faire de la figuration dans des productions de ciné ou de télé, qu'ils soient bouddhistes tibétains ou chinois. La télé chinoise produit par ex. des masses de films de kungfu dans lesqquels il y a des moines. Toujours la figuration est confiée à l'armée quand il faut un nombre plus ou moins grand. Sur le film en question. Les infos demandées sont les suivantes : Titre : Hong He Gu (Vallée
du fleuve rouge - Red River Valley)). Thème : Il s'agit d'une histoire romantique qui se passe en 1900. Le contexte
historique est celui des anglais qui s'apprêtent à envahir
le Tibet et des Tibétains qui tentent de résister à l'envahisseur.
Le rôle héroïque est joué par les résistants
Tibétains. Cette reconstitution historique romantisée
est doublée d'une histoire d'amour entre un serf tibétain et
deux jeunes femmes : une serve et une fille de seigneur féodal. Il
y a aussi une amitié entre le serf tibétain et un officier anglais.
Très dramatique!. A un certain moment le serf tibétain
sauve la vie d'un officier anglais, qui par gratitude lui offre son
briquet, qui fait le bonheur du serf. Quand vient le moment de l'invasion,
l'anglais dit à son ami tibétain que cette violence n'est
pas personnelle et qu'il le considère toujours comme son
ami. Mais pour sauver son peuple, le serf tibétain finit quand-même
par tuer son ami anglais, qu'il fait d'ailleurs exploser avec
le briquet qu'il a reçu en cadeau de celui-ci. Le film est basé sure le livre : "Bayonets to Lhasa" de l'anglais Peter Fleming. C'est le dernier récit complet de l'invasion du Tibet par les Anglais. L'histoire un peu plus en détail: Une fille han est sacrifiée au dieu du fleuve. Elle est cependant sauvée par une vieille serve Tibétaine qui l'adopte et qui a un fils. Romance entre la fille et le fils. A un certain moment le fils sauve deux anglais aventuriers pris dans une avalanche et qui viennent explorer le Tibet. Ce sont deux personnages contraires. L'un est plein d'admiration pour ce peuple merveilleux. L'autre trouve qu'ils ont besoin d'être civilisés et libérés. Plus tard les deux anglais soont faits prisonniers par un seigneur féodal tibétain qui veut les eliminer et c'est encore le même garçon tibétain qui les sauve. A cette occasion, l'angalis aux pensées libératrices lui offre son briquet, qui est couvé comme un trésor par le jeune serf. Plus tard le deuxième anglais revient avec l'armée anglaise pour venir "libérer" le Tibet. La population tibétaine décide de résister. Mais ses moyens sont primitifs. C'est donc un bain de sang. Entretemps l'aspect romanesque se complique. La fille du seigneur précédemment nommé tombe amoureuse du jeune serf, mais est refusée par celui-ci qui a une relation fidèle avec la ex-han, adoptée tibétaine. Après moult actions, les tibétains se sont réfugiés dans un vieux château qui est assiégé et conquis par les anglais. D'abord le père de la jeune noble se sacrifie, entraînant de nombreux ennemis avec lui dans la mort. Puis son exemple est suivi par sa fille. Finalement il y a confrontation entre le jeune serf tibétain et l'anglais "libérateur" qui lui assure encore de son amitié. Le jeune serf utilise cependant le briquet pour faire exploser le chateau et l'anglais avec lui. Le film se termine par l'anglais "amical" qui se met le pistolet sur la tempe (je ne sais pas s'il appuie effectivement sur la gâchette). Encore un petit commentaire personnel : ce film a eu un succès monstre en Chine et a reçu plein de prix. Notons par ailleurs que les Chinois adorent les histoires d'héroïsme et de sentiments d'une grande pureté, manifestement même chez les tibétains. Tu peux toujours commander ce film chez : www.hkflix.com/xq/asp/filmID.535143/qx/details.htm Est-ce que les détracteurs de la Chine sont tellement bêtes pour continuer à agir comme de vilains falsificateurs ? Il est vrai que le public qui mange de ce pain-là, tout intello qu'il se déclare, ne brille pas par la clarté de son in telligence et de son esprit critique et en redemande. Quand on est bourgeois, on ne bouffe plus du curé, Monsieur! On bouffe du Chinois! |
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